L'enseignement de promotion sociale
22 janvier 2019

Questions de M. Yves Evrard à M. Jean-Claude Marcourt, vice-président du gouvernement et ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de promotion sociale, de la Recherche et des Médias, intitulée

  1. «Avenir de l’enseignement supérieur de promotion sociale»
  2. «Place de l’enseignement supérieur de promotion sociale dans les pôles académiques»
  3. «Défi pour l’enseignement de promotion sociale: la formation continue en enseignement supérieur»

M. Yves Evrard (MR).

– Le rapport du collège d’experts extérieurs, établi à la demande du conseil d’administration de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES), aborde l’avenir de l’enseignement de promotion sociale. Comme l’indique ce document: «Le développement d’un véritable enseignement pour adultes avec le transfert de l’enseignement supérieur de promotion sociale vers les autres institutions, sous la forme de départements clairement identifiés, vise à permettre l’accès à l’enseignement supérieur au plus grand nombre, notamment en offrant une nouvelle chance aux personnes issues de milieux socio-économiquement défavorisés ou de contexte culturel différent.»

Monsieur le Ministre,

cette piste a-t-elle été abordée au sein de la chambre des hautes écoles et de l’enseignement supérieur de promotion sociale?

Si oui, quelles sont les conclusions? Le gouvernement a-t-il eu des contacts avec les secteurs concernés pour discuter des nécessaires évolutions de cette importante filière d’enseignement?

La déclaration de politique communautaire (DPC) préconisait le maintien d’incitants à la fusion volontaire d’établissements, afin d’harmoniser leur offre de formation et ainsi renforcer leurs moyens administratifs et pédagogiques. Dans ce cadre, la ministre Simonis avait annoncé, vers la fin de l’année 2017, son intention de soumettre au gouvernement un arrêté visant à encourager les restructurations d’établissements.

Cet arrêté a-t-il été adopté? Quels en ont été les effets concrets jusqu’à maintenant?

Permettez-moi d’aborder à présent ma troisième question, car elle s’inscrit aussi dans le cadre du rapport du collège d’experts extérieurs, lequel rappelait que: «La formation continue doit devenir l’un des enjeux majeurs du dispositif d’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles».

Parmi les défis que doit relever l’enseignement de promotion sociale, la nécessité de développer un volet «recherche» s’impose, afin de permettre à toutes les personnes en formation continue «d’améliorer leurs compétences en lien avec l’évolution des technologies et des découvertes de la recherche fondamentale et appliquée.

Dans cette perspective, le collège encourage le développement des certificats et microdiplômes offrant des possibilités de spécialisation thématique non diplômante, de courte durée, en concertation avec le monde du travail».

Monsieur le Ministre,

avez-vous entamé des discussions au sujet de ce rapport?

Des concertations avec le monde du travail ont-elles déjà été organisées? Dans l’affirmative, des propositions ont-elles émergé?

Considérez-vous que l’enseignement de promotion sociale est actuellement suffisamment outillé pour répondre à cette demande? Le cas échéant, quels seraient les partenariats à envisager?

J’en viens à ma deuxième question relative aux pôles académiques. Ils sont un élément structurant important et les établissements de promotion sociale y sont aujourd’hui largement représentés. Ainsi, le pôle de Liège-Luxembourg compte une université, six hautes écoles, trois écoles supérieures des arts et vingt établissements de promotion sociale. Dans le pôle hennuyer, il y a 28 établissements de promotion sociale.

Monsieur le Ministre, la multiplication de ces établissements au sein des différents pôles ne constitue-t-elle pas un frein dans l’organisation pratique du pôle?

Ces pôles existent depuis plus de cinq ans. Pourriez-vous faire le point sur la collaboration instituée en leur sein entre la promotion sociale et les autres filières?

Quelle est la principale avancée réalisée pour améliorer le parcours de l’étudiant et le partage d’équipements?

Ce dernier est en effet un élément indispensable de la formation. Les moyens financiers étant limités, il est nécessaire de créer des synergies. Enfin, la promotion sociale a-t-elle pu valoriser la variété de ses formations, par exemple la remédiation spécifiquement élaborée pour les étudiants du pôle? Est-il possible de faire profiter les autres établissements du pôle du riche maillage territorial qui est le sien?

La promotion sociale n’est pas une matière neuve pour vous –votre grande expérience a souvent témoigné d’une maîtrise de l’ensemble des rouages–, mais j’avais l’habitude de questionner votre collègue, MmeSimonis. Pour moi, il est absolument crucial de développer davantage la promotion sociale, notamment dans le contexte d’une grave pénurie de main-d’œuvre: l’un des aspects positifs de l’enseignement de promotion sociale, au-delà de la formation continue, est d’offrir des alternatives de formation. C’est pourquoi je souhaitais vous interroger sur les éléments émanant du rapport du collège d’experts extérieurs, qui a été établi à la demande de l’ARES.

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président du gouvernement et ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de promotion sociale, de la Recherche et des Médias.

– Les dix-huit mesures qui visent à faire face aux défis de demain et qui sont reprises dans le rapport du collège d’experts relatif à l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles ont fait l’objet de consultations et d’avis au sein des chambres de l’ARES, en ce compris la chambre des hautes écoles et de l’enseignement de promotion sociale.

Il faut cependant noter que les avis formulés par les chambres de l’ARES sont des outils internes à l’académie qui ne sont pas destinés à être communiqués à l’extérieur. Il m’apparaît cependant important de vous apporter les informations suivantes.

En ce qui concerne l’articulation de l’enseignement de promotion sociale (EPS) avec les pôles académiques, cet enseignement est loin de constituer un frein au dispositif créé. Il y construit une dynamique de collaboration louée par les différents réseaux. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui représentent les nombreux établissements que vous citiez.

Le rôle de l’EPS continue à se renforcer au sein des pôles, en témoignent les multiples demandes de codiplomation entre EPS et hautes écoles qui m’ont été transmises récemment par l’ARES.

Dans le même sens, de multiples collaborations entre l’EPS et différents établissements d’enseignement supérieur ayant procédé à la création des pôles se voient aujourd’hui exacerbées grâce à ces derniers. À titre d’exemple, nous pouvons citer la formation ReBOND organisée par le pôle namurois. Il s’agit d’un programme de remédiation destiné aux étudiants issus des universités et hautes écoles qui sont en décrochage au mois de janvier. Ces universités et hautes écoles assurent le suivi personnalisé des étudiants, tandis que l’EPS assure les cours et séminaires portant, par exemple, sur la définition d’un projet de réorientation.

À la demande des universités et hautes écoles, des remédiations, essentiellement en mathématiques et en langues, sont organisées dans les EPS pour les étudiants des hautes écoles. Des cours d’approfondissement en français sont également donnés par l’EPS aux étudiants Erasmus accueillis dans les universités et hautes écoles. Un accueil de ces derniers est également prévu par le biais d’un programme touristico-culturel organisé par les étudiants de bachelier en management du tourisme et des loisirs de l’EPS. L’accès à l’ensemble des bibliothèques des universités et hautes écoles est également organisé pour les étudiants de l’EPS. Ce ne sont que quelques exemples.

Vous m’interrogez sur les principales avancées réalisées pour améliorer le parcours de l’étudiant. Je citerai en ce sens l’arrêté du 29 novembre 2017 portant sur les «modalités de valorisation des acquis pour l’admission, la dispense ou la sanction dans une ou des unités d’enseignement de l’enseignement de promotion sociale», qui permet une vraie reconnaissance et une valorisation des crédits acquis dans l’une ou l’autre forme d’enseignement vers la promotion sociale.

En termes de partage d’équipement, des initiatives ont déjà vu le jour et se multiplient notamment dans les bibliothèques universitaires, avec un accès réservé aux étudiants de l’enseignement supérieur de promotion sociale sur présentation d’un modèle commun de carte d’étudiant propre aux établissements de promotion sociale.

Soulignons aussi brièvement l’organisation commune d’activités pour apporter du soutien pédagogique aux enseignants: mise en place d’espaces physiques et/ou virtuels de mutualisation, d’échanges et de réflexion, qui passent entre autres par des journées d’étude, pédagogiques, scientifiques, la réalisation et la mise en ligne de capsules vidéo, etc.

La variété des formations que propose la promotion sociale est en outre pleinement valorisée pour les étudiants du pôle. Ainsi, depuis de nombreuses années, des programmes spécifiques comme la formation ReBOND ou la Formation-relais© s’adressent aux étudiants de l’enseignement supérieur inscrits dans l’un des établissements partenaires des projets au sein du pôle et qui se trouvent en situation de décrochage.

Les étudiants s’y inscrivent sur une base volontaire.

La qualité et les plus-values de l’EPS sont donc de plus en plus connues et reconnues, notamment grâce aux pôles et aux synergies qui y voient le jour. Comme vous le précisez, l’EPS touche un public différent par son maillage local et la proximité avec son public. En effet, dans les régions citées en exemple –le Pôle académique Liège-Luxembourg et le Pôle hainuyer–, il y a fort à parier que plus d’un de nos étudiants n’aurait pas pu reprendre des études supérieures sans la facilité d’accès des établissements de promotion sociale et leurs différentes implantations.

Dans un contexte où de nouveaux métiers émergent, où les compétences et les fonctions évoluent de plus en plus rapidement, en même temps que les techniques et les technologies, voire les organisations, il est nécessaire de disposer d’opérateurs de formation continue qui favorisent l’acquisition de nouvelles compétences et qui soient réactifs quant aux nouvelles réalités des métiers et des secteurs.

Cette perspective d’éducation et de formation tout au long de la vie permet de répondre à des besoins de qualification qui ne sont pas ou peu satisfaits. L’EPS, par le biais de son objet décrétal, de sa pédagogie modulaire et de son public, permet de répondre à des enjeux sociétaux nécessaires au redéploiement économique des régions.

Grâce à cette possibilité offerte par le décret, l’EPS a, depuis 30ans, l’opportunité de conclure des conventions partenariales de formation avec des secteurs professionnels, tant privés que du non-marchand, ainsi qu’avec le secteur public. Sur cette base, l’EPS tisse des collaborations, notamment dans les secteurs de l’électricité, de la construction, avec le centre de formation de la Commission paritaire auxiliaire pour employés (CPAE ou CP 200) CEFORA et le centre APEF-FeBi pour les secteurs de l’aide aux personnes, mais aussi avec l’Office wallon de la formation professionnelle et de l’emploi(FOREM).

Malgré les recommandations formulées pour l’horizon2030, force est de constater que, fort de son expérience collaborative avec les secteurs socio-économiques, l’EPS s’inscrit déjà dans l’initiative de développement de microdiplômes.

Comme le décret définissant le paysage de l’enseignement supérieur et l’organisation académique des études le permet, l’EPS a déjà produit de nombreuses unités de formation dans différents secteurs économiques. Celles-ci permettent d’obtenir des certificats d’enseignement supérieur qui représentent dix European Credit Transfer System(ECTS).

De surcroît, l’EPS, dans le cadre des travaux de son conseil général, développe des dossiers pédagogiques relatifs à des formations délivrant des brevets d’enseignement supérieur dans différents domaines tels que l’informatique et le numérique, la construction ou encore la santé et l’action sociale.

Le rapport relatif à l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles à l’horizon 2030 ne spécifie pas que l’EPS doive développer un volet de recherche qui ne relève pas de son objet. Il recommande par contre d’intensifier les liens entre le monde du travail et le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur, afin de conduire à une meilleure connaissance réciproque et à des interactions propices au développement socio-économique de la société dans son ensemble. Dans ce but, le rapport relève également la pertinence d’établir des liens avec les opérateurs de formation régionaux, afin de proposer une offre de formation et d’enseignement cohérente.

Dans cette optique, l’implication de l’EPS tant au sein des pôles académiques que dans les structures collectives d’enseignement supérieur et les bassins enseignement qualifiant-formation-emploi (BEFE) le positionne déjà comme un facilitateur de rapprochement, d’expérimentation et surtout de partenariat entre tous les acteurs.

En ce qui concerne le transfert de l’EPS vers les autres institutions, sous la forme de départements clairement identifiés, des expérimentations sont en cours, notamment au sein de l’EPS du Hainaut. Après l’analyse des expériences menées, il s’agira, si nécessaire, d’intégrer dans la réglementation les modalités et les conditions pour généraliser et uniformiser ces pratiques.

Enfin, l’objectif fixé dans la DPC et préconisant d’encourager les collaborations entre établissements d’EPS, voire d’inciter à la fusion volontaire d’établissements, a été atteint. En effet, l’arrêté modifiant l’arrêté du 27 décembre 1991 relatif aux charges et emplois dans l’EPS a été adopté par le gouvernement le 28 novembre 2018.

À ce stade, il est prématuré de mesurer ses effets.

Il est indéniable que l’EPS joue un rôle essentiel dans le développement de l’éducation et de la formation tout au long de la vie et qu’il continuera, dans le futur, à être un facilitateur et un rassembleur des politiques dans ce domaine.

M. Yves Evrard (MR).

–Vos propos étaient très intéressants, Monsieur le Ministre. Je suis ravi que cette compétence revienne dans le giron de votre département, car elle est en lien étroit avec le secteur des universités et des hautes écoles.

L’un de vos défis –et je ne doute pas que vous vous ferez fort de le relever, même si le temps est compté–sera de veiller à ce que l’EPS ne soit pas considéré, dans l’inconscient collectif, comme une roue de secours. On pourrait craindre que les hautes écoles ou les universités considèrent qu’une personne en situation d’échec doive être reléguée dans un «enseignement de seconde zone». Mais c’est loin d’être le cas, comme nous l’avons rappelé avec la valorisation des acquis: des passerelles existent et permettent à chaque apprenant de trouver son bonheur et, éventuellement, de changer d’établissement.

Je confirme qu’il est nécessaire d’intensifier les collaborations; une concrétisation sera bienvenue.

Je suis par contre quelque peu surpris par une sorte d’autosatisfaction que vous exprimez en ce qui concerne le dispositif de fusion, nécessaire à bien des endroits. Vous affirmez que le travail a été réalisé parce que les textes sont disponibles. Je conçois qu’il ne soit pas facile d’en mesurer directement les effets puisqu’ils sont récents. Il n’empêche qu’ils constituent l’outil qui permettra d’obtenir un certain résultat.

J’en viens à ma dernière considération. Ce maillage multiple et varié, ce développement de pôles et de dispositifs par le biais de conventions soit avec le secteur privé soit avec le FOREM, et d’autres s’imposaient, mais ils ne doivent pas occulter la nécessaire «culture de l’évaluation» qui consiste à identifier régulièrement les mécanismes qui fonctionnent et les dispositifs pilotes qui doivent être poursuivis, de manière à atteindre une efficacité absolue face à une conjoncture économique qui le nécessite grandement. Mais j’imagine que vous êtes pleinement conscient.
CRIc No46-Ens Sup8 20/01/2019 (2018-2019)




Source : http://parlement.wallonie.be