Débat d'actualité prime de 1000 € pour les étudiants koteurs
06 février 2019

Débat d’actualiAide financière de la Région wallonne aux étudiants “koteurs”»

M. Yves Evrard (MR).

–Cette question nous préoccupe légitimement les uns et les autres. Finalement, lorsqu’on souhaite faire évoluer la situation, le débat lancé suscite des interpellations et il n’en est jamais autrement. Il y a énormément de choses à dire sur le sujet et certaines remarques se sont répétées, notamment que la proposition était mal calibrée et qu’il y avait une forme d’inégalité et de discrimination.

Je voudrais pour ma part vous amener à une certaine réflexion: qu’est-ce que la discrimination? Elle s’exprime parfois de manière virulente, est clairement identifiable et appelle une réponse rapide. Ceci dit, la discrimination peut prendre une forme plus larvée et moins perceptible, et arrive parfois à se faire oublier de ceux qui ne la subissent pas.

Le véritable enjeu de ce débat est de savoir si le texte de Mme De Bue est discriminatoire. Il n’est sans doute pas parfait, mais la vraie discrimination, finalement, n’est-ce pas d’avoir laissé celle-ci perdurer durant plus de vingt ans? Certaines personnes se battent sur la question de l’accessibilité aux études des personnes qui en sont le plus éloignées géographiquement dans différents cénacles depuis au moins deux décennies.

Je ne peux m’empêcher de vous témoigner mon expérience.

En province de Luxembourg –comme c’est certainement le cas ailleurs–, la discrimination existe et persiste depuis des années, et dans des domaines aussi vastes que l’accessibilité au réseau 4G, l’offre de soins de santé, la culture, la mobilité et les transports en commun. Certes, nous avons un excellent cadre de vie, mais la discrimination va bien jusqu’à l’accès aux établissements scolaires.

Partant de ce constat, nous pouvons adopter deux attitudes: soit tirer à boulets rouges sur la ministre, soit aller de l’avant. En réalité, il existe plusieurs moyens pour résoudre le problème.

Le premier aurait été, au niveau wallon, de ne pas intégrer le dispositif dans les compétences de la ministre du Logement, mais de l’intégrer plutôt dans la mécanique des allocations familiales.
Sur cet aspect, je vous laisse discuter avec Mme Greoli des raisons qui ont fait que cela n’a pas été possible.

Le deuxième moyen est d’améliorer la concertation entre ministres et avec la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Et vous en conviendrez, Mesdames et Messieurs les Ministres, c’est bien ici, à notre niveau, que la question doit être réglée. Nous avons une ministre qui prend des initiatives, qui va de l’avant.

J’invite les autres ministres à prendre leurs responsabilités. Certes, le dispositif n’est pas parfait, mais la concertation interministérielle est fondamentale pour avancer sur une problématique aussi importante que celle-là. Enfin, d’autres pistes sont envisageables. Le système du Grand-duché de Luxembourg est ainsi bien loin de notre système binaire qui devient archaïque. Il prend en compte le critère de base, qui est une forme d’allocation universelle –»un enfant est égal à un enfant»–; le critère social, qui tient compte des revenus du ménage; mais aussi le critère de mobilité. Il existe donc bien des possibilités. Je sais, Monsieur le Ministre Marcourt, que vous y êtes ouvert. Je vous ai par exemple fait une proposition sur les bourses d’études pour les étudiants qui vont travailler de l’autre côté de la frontière. Vous avez également débloqué un budget de 20 millionsd’euros pour les étudiants les plus précarisés. Dire que l’on oublie les plus fragiles est donc complètement erroné. I

l existe bel et bien des dispositifs qui permettent de répondre aux besoins des uns et des autres. Toutefois, que comptez-vous faire au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles? C’est vous qui avez les leviers en main et nous attendons une réponse de votre part.

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président du gouvernement et ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de promotion sociale, de la Recherche et des Médias.

–M.Hazée a bien posé le débat: comment rendre accessible l’enseignement supérieur à tous les jeunes? Depuis cinq ans, le gouvernement agit en ce sens. La révision des bourses des étudiants, par exemple, a permis de prendre en compte des critères comme le fait qu’un étudiant ait un kot ou encore qu’il vive à plus de 20km de l’établissement dans lequel il étudie. L’arrondissement de Charleroi donne le moins d’accès à l’enseignement universitaire. Nous avons donc tenté de trouver des réponses à cette difficulté avec l’Université libre de Bruxelles(ULB), l’Université de Mons(UMONS) et aujourd’hui l’Université catholique de Louvain(UCLouvain).

En province de Luxembourg, cette situation problématique se présente également. Liège a donc développé le pôle «Arlon». Nous avons instauré, avec Namur et Liège, des cursus à Marche, et l’enseignement en haute école y est de qualité. Je me suis récemment rendu dans la province de Luxembourg et j’ai pu constater que des étudiants du Brabant wallon et de Bruxelles viennent y étudier.

Nous avons décidé de constituer un groupe de travail, en concertation avec le Parlement, pour analyser si nous pouvions améliorer encore la portabilité des bourses, notamment au Grand-Duché, mais pas seulement. Comme l’a dit le ministre-président, si des étudiants boursiers souhaitent y effectuer leurs études, il ne faudrait pas les y empêcher en raison seule de la présence d’une frontière.

Lorsque j’ai appris la décision du gouvernement wallon, je me suis demandé quelle mouche l’avait piqué. On peut en effet se demander si cette décision a vraiment été réfléchie ou s’il y a eu simplement une volonté d’agir –je reconnais d’ailleurs là le combat de Josy Arens et ne doute qu’il y ait été pour quelque chose. Mais il me paraît étonnant d’être à ce point en décalage avec la réalité du monde pour prendre la voiture et les embouteillages comme unique critère permettant de considérer qu’un étudiant vit à plus d’une heure de l’établissement dans lequel il étudie.

Nous savons que tous les étudiants ne possèdent pas une voiture, sinon ils n’auraient pas besoin de bourse et n’auraient pas nécessairement besoin d’aide. Certains sont obligés de faire l’effort d’acquérir une voiture parce qu’ils n’ont pas la possibilité de louer un kot. Mais retenir le seul critère du temps de trajet en voiture et l’appliquer à l’ensemble des étudiants est contraire à l’esprit même de l’accès et aura un effet d’aubaine inouï. Cela renforcera en effet l’attractivité de certaines universités situées à plus d’une heure du domicile par rapport à des universités plus proches, mais qui ne donneraient pas accès à cet avantage. Quelle est la cohérence de cette mesure? Je ne la vois pas.

Toutefois, à ce stade, il importe d’agir. Nous étions réunis ce matin en comité de concertation et la présidente de la Commission communautaire française(COCOF) a émis une remarque sur cette question. Le ministre-président, qui était présent, a dit qu’il était prêt à en discuter non seulement avec la Région bruxelloise, mais aussi avec la Communauté française. Je viens d’apprendre que nous aurions été contactés à ce sujet par Mme De Bue, information que je vais vérifier. Cependant, je n’ai pas le souvenir, ni en direct ni par l’intermédiaire de mes collaborateurs, d’avoir été contacté sur cette question.

Je crois que cette prime devrait être retirée parce qu’elle est impraticable, elle fait l’unanimité contre elle. Pour M. Wolper, recteur de l’ULiège, elle est «asociale». M. Englert n’a, lui, pas de mots assez durs. Il se demande pourquoi ceux qui étudient à l’Université libre de Bruxelles, qui accueille des étudiants venant de toute la Wallonie, n’y ont pas droit, alors que beaucoup de législations wallonnes ne font pas référence au domicile pour donner accès à des avantages, notamment dans le domaine social. Plusieurs institutions, notamment dans le Brabant wallon, accueillent des personnes handicapées venant de la région bruxelloise, sans que l’on ne trouve quoi que ce soit à redire. Je trouve que c’est très bien ainsi et cela relève aussi de la solidarité, indépendamment du fait d’être ou pas régionaliste.

Toutefois, j’ai une solution. Le plus simple serait que la Région wallonne nous donne l’argent et je promets de l’utiliser de manière adéquate!

Mme Alda Greoli, vice-présidente du gouvernement et ministre de la Culture et de l’Enfance.

–Je pense que le fait que M. Marcourt ait plaidé pour le refinancement de la Communauté française doit être marqué d’une pierre blanche!

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président du gouvernement et ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de promotion sociale, de la Recherche et des Médias.

La fonction peut avoir des effets collatéraux surprenants! Cela ne vous aura pas étonné que ce soit après avoir dit que même les régionalistes pouvaient être solidaires! À ce moment-là, et j’en termine, je demanderai à Mme Fremault ou à M. Vervoort de venir avec le complément.

En réalité, oui, il faut améliorer l’accessibilité et il faut continuer à lutter contre le coût. Je rappelle aussi que nous avons bloqué le minerval, que nous avons supprimé le minerval pour les étudiants boursiers, que nous avons pris un certain nombre de mesures, que nous avons adopté en réunion de commission un décret qui refinance, à terme de 2020, les fonds sociaux des hautes écoles de 20 millions d’euros, et cet argent peut être utilisé pour répondre à ces besoins spécifiques.

Dès lors, à la place de prendre une mesure manifestement électoraliste et empreinte d’un amateurisme absolu, je propose de nous retrouver autour d’une table. En tout cas, je me déplacerai si nécessaire. Mais essayons surtout de ne pas accroître la division entre les étudiants, en privilégiant certaines institutions plutôt que d’autres. Ce serait un très mauvais signal. En réalité, nous devons soutenir l’enseignement supérieur et faire en sorte qu’il soit accessible à tous ceux qui veulent faire des études exigeantes, et qui doivent parfois prendre un kot parce qu’il n’y a pas un établissement à proximité de chez eux.

Réplique :

M. Yves Evrard (MR).

–J’ai également une solution à proposer: que la Fédération Wallonie-Bruxelles assume tout simplement ses pleines responsabilités. Ici et là, j’entends des représentants en faveur d’une Fédération forte. Nous n’y pouvons rien si différentes coalitions y coexistent.

J’observe que vos raisonnements pêchent par un souci d’égalité à géométrie variable. Nous ne pouvons pas accepter un tel critère. Très franchement, qualifier cette mesure d’électoraliste conduit à deux interprétations possibles: soit vous avez peur soit vous biaisez le débat.

La réalité? Depuis vingt ans, les gens très éloignés des établissements scolaires n’ont jamais eu l’ombre d’une réponse. Il est grand temps que cet état de fait change.

Je félicite la ministre Valérie De Bue qui a agi dans son champ de compétences. Nous ne pouvons pas lui en vouloir de ne pas être ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles... J’espère voir la situation évoluer.

Je regrette ne pas avoir perçu dans vos arguments la volonté d’une discussion, d’une concertation pour dégager une solution dans l’intérêt de tous les étudiants, en Wallonie comme à Bruxelles. Nous avons besoin de compétences!

Cric 06/02/2019 PFWB

CRI No11(2018-2019)( 32)




Source : http://parlement.wallonie.be