État des lieux pour les filières en sciences de l’ingénieur de nos hautes écoles
19 février 2019

Question de M .Yves Evrard à M .Jean-Claude Marcourt , vice-président du gouvernement et ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de promotion sociale, de la Recherche et des Médias, intitulée «État des lieux pour les filières en sciences de l’ingénieur de nos hautes école

M. Yves Evrard (MR).

–Monsieur le Ministre, onze de nos hautes écoles proposent un master en sciences de l’ingénieur et technologie, en horaire de jour, le plus souvent à côté d’autres cursus de type court.

Deux alternatives se présentent, nous savons tous que les responsables de cette filière de type long en haute école s’interrogent sur un éventuel rapprochement avec les universités. Une autre alternative serait de transférer l’une ou l’autre de ces filières dans une autre haute école qui aura alors une taille critique suffisante.

Pourriez-vous faire le point sur les divers projets en présence actuellement?

En sont-ils toujours au stade de la réflexion?

Par ailleurs, vous affirmiez récemment que l’attractivité des sciences de l’ingénieur diminuait en haute école, mais augmentait pour les universités. Les causes en sont-elles connues? L’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES) s’est-elle déjà saisie de cette problématique?

Serait-il question de rationaliser un peu l’offre de formation actuellement assez dispersée pour la rendre plus visible?

La Fédération des ingénieurs industriels de Belgique vient de lancer une enquête sur l’accès au monde du travail des nouveaux diplômés. Êtes-vous en contact avec cette fédération et les hautes écoles qui proposent cette filière pour faire évoluer au besoin les formations d’ingénieur industriel en haute école?

Quelles sont leurs demandes exactes?

Est-il également envisagé de créer ce type de cursus en alternance, où l’étudiant serait plus en phase avec le monde de l’entreprise dès le début? Est-ce une demande des hautes écoles?

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président du gouvernement et ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de promotion so-ciale, de la Recherche et des Médias.

Monsieur le Député, je suis régulièrement en contact avec les directions des hautes écoles et je prête une attention particulière à leurs souhaits sur les évolutions qu’elles envisagent dans les domaines où elles sont actives. Ainsi, à la suite de l’évaluation de la collaboration entre l’Agence pour l’évaluation de la qualité de l’enseignement supérieur (AEQES) et la Commission des titres d’ingénieur français (CTI), réalisée en 2014, les établissements de l’enseignement supérieur et l’ARES ont entamé des réflexions en vue de procéder à une série de changements et d’améliorations.

Ce processus a abouti à une refonte des référentiels de compétence des différentes orientations du cursus d’ingénieur industriel. Ces nouveaux référentiels seront valables à partir de la rentrée de 2019.

En outre, l’ARES vient de rendre un avis dans lequel elle propose l’ouverture de deux nouvelles orientations pour les masters en sciences de l’ingénieur industriel: une orientation «ingénierie de la santé» et une orientation «Technologies des données du vivant». C’est bien là une preuve de la vivacité des réflexions autour de ces formations.

Les interrogations sur l’avenir de l’enseignement de type long en haute école sont tout à fait légitimes, mais les directions des établissements concernés ne souhaitent nullement se départir de leurs formations d’ingénieur. Certaines hautes écoles y réfléchissent peut-être, mais aucun changement concret ou coordonné ne fait l’objet d’une discussion à l’ARES. Un seul projet vient d’aboutir et d’obtenir l’aval de l’ARES; il s’agit du transfert des formations de type long appartenant à la catégorie technique de la Haute École Léonard de Vinci, cette catégorie étant gérée par l’École centrale des arts et métiers (ECAM), vers la Haute École Groupe ICHEC-ISC Saint-Louis-ISFSC, qui regroupe l’Institut catholique des hautes études commerciales, l’Institut supérieur de commerce Saint-Louis et l’Institut supérieur de formation sociale et de communication.

Par ailleurs, le monde de l’entreprise a reconnu que les filières de type long et de type court ont chacune leur sens et permettent de former des professionnels dotés de profils complémentaires et nécessaires. La variété des formations offertes par notre enseignement supérieur est donc une richesse et sa rationalisation n’aurait pas d’effet bénéfique.

De plus, il apparaît que les hautes écoles offrant ces formations n’éprouvent pas de difficultés particulières pour se rendre visibles, ainsi, la pertinence de l’idée selon laquelle rationalisation et visibilité seraient liées peut être mise en doute. La majorité de ces filières d’enseignement ont d’ailleurs obtenu l’accréditation de la CTI, organisme français, en 2014, ce qui démontre la qualité des formations dispensées et prouve qu’une taille «critique», dont il n’existe d’ailleurs aucune définition fonctionnelle, n’est pas nécessaire pour bénéficier d’une reconnaissance internationale.

Depuis l’allongement du cursus d’ingénieur industriel à cinq ans en 2004, le cursus de bachelier comprend un stage d’observation de six semaines, tandis que le master inclut un stage de treize semaines en entreprise. Les deux cursus totalisent donc pas moins de 19semaines de stage en milieu professionnel, soit plus de stages que n’en compte un bachelier professionnalisant.

Cette façon de procéder convient aux entreprises, car les étudiants stagiaires peuvent réaliser des travaux de très bon niveau dans le cadre d’une approche réaliste des problèmes que doit résoudre un ingénieur.

Il me semble également utile de rappeler qu’un autre processus de réflexion vise à créer des cursus en alternance dans l’enseignement supérieur, plus particulièrement dans les domaines techniques. Il s’agit de répondre à des besoins de formations dont les compétences terminales ne peuvent être acquises par un dispositif classique, mais bien en étant plongé dans un milieu professionnel.

La gestion d’une production ou l’utilisation d’outils impossibles à acquérir par une haute école ne s’apprennent pas via un système strictement scolaire. L’apprentissage en alternance doit être envisagé dans des secteurs bien spécifiques, il n’est pas nécessaire de dédoubler ce qui fonctionne déjà bien.

Par ailleurs, l’enseignement en alternance demande un suivi beaucoup plus important, non seulement de la part des entreprises qui accueillent des étudiants, mais aussi des établissements partenaires.

M. Yves Evrard (MR).

–Merci, Monsieur le Ministre. Il est rare d’avoir des réponses à toutes ses questions. Je demandais un état des lieux et je dois vous avouer avoir écouté votre réponse teintée d’assurance et de convictions dans la manière dont vous l’avez formulée. Vous avez mis le doigt sur les éléments qui ont amené ma question, notamment le rapprochement de l’ECAM et de l’ICHEC. Vous m’avez répondu de ne pas en faire une généralité, car ce rapprochement est ciblé.

J’ai bien compris que de nouveaux cursus se mettaient en place. À travers l’appellation générique, j’attire votre attention – que j’imagine certaine – sur la nécessité grandissante de former nos étudiants, notamment à l’intelligence artificielle et les implications qu’elle suppose. J’imagine que les nouveaux cursus que vous avez mentionnés comprennent ces aspects.

CRIc No59-Ens Su p10(2018-2019)(




Source : http://parlement.wallonie.be