La filière chanvre
29 mars 2019

Question orale de M. Evrard à M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l’Industrie, de la Recherche, de l’Innovation, du Numérique, de l’Emploi et de la Formation, sur « l’avenir de la filière chanvre »

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, vous le savez, la filière chanvre s’est considérablement développée ces dernières années. L’ASBL Chanvre wallon, la coopérative Belchanvre en sont devenus des acteurs incontournables.

C’est aujourd’hui, vous l’avez sans doute constaté, un secteur qui est en énormes difficultés, notamment à travers la rentabilité d’usine, d’un outil de travail de défibrage qui est implanté à Marloie. L’usine s’appelle BeHemp et qui a mis quelque temps pour mettre au point sa technologie. Il semble aujourd’hui que les différents procédés sont actuellement maîtrisés. Le problème est que, parallèlement à ce temps de mise au point, les gestionnaires doivent aujourd’hui assumer toute une série d’achats massifs de chanvre auprès de différents agriculteurs, chanvre qui n’est naturellement pas encore transformé. On constate malgré tout qu’il y a un manque de stratégie commerciale, notamment de développement de marchés à l’international, qui amène aujourd’hui l’entreprise à de grosses difficultés financières. Je dirais même que la situation est aujourd’hui extrêmement critique, puisque ma question date d’il y a déjà quelque temps et je pense que les choses ont évolué rapidement.

Malgré tout, vous savez que cette usine de transformation est un maillon essentiel pour assurer une filière 100 % wallonne et donc pour permettre à chaque élément de la filière de se développer. Vous le savez comme moi, cette filière représente également une possibilité de diversification pour nos agriculteurs.

Monsieur le Ministre, votre collègue, le ministre Collin a annoncé travailler de concert avec vous pour envisager l’avenir de cette filière.

Pouvez-vous nous en dire plus ? Des contacts entre les différents partenaires vous ont-ils permis d’évaluer dans quelle mesure une intervention de la SOGEPA pourrait avoir lieu ? Il est peut-être déjà trop tard. Vous allez nous en dire plus, compte tenu de la situation de l’entreprise.

De manière plus générale, comment envisagez-vous l’avenir de la fibre végétale dans le paysage économique ? Représente-t-elle pour vous un potentiel réel ?

Je vous remercie pour votre réponse.

M. le Président. - La parole est à M. le Ministre Jeholet.

M. Jeholet, Ministre de l'Économie, de l’Industrie, de la Recherche, de l’Innovation, du Numérique, de l’Emploi et de la Formation. - Monsieur le Député, comme vous l’évoquez, la filière chanvre wallonne existe depuis plusieurs années et elle ne doit pas être réduite exclusivement à cette entreprise. Le secteur connaît même une progression, tant en nombre d’entreprises que de produits, du fait de la motivation d’entrepreneurs dynamiques.

Il est vrai que le retard pris par la société BeHemp, à la fois dans la mise au point de l’outil de défibrage du chanvre et dans la conclusion de contrats commerciaux, a occasionné un retard important pour le paiement d’une centaine d’agriculteurs.

Après avoir été informé en septembre 2018 de la situation difficile dans laquelle se trouvait la société BeHemp, plusieurs rencontres ont été programmées entre le cabinet du ministre-président, le cabinet du ministre de l’Agriculture et mon cabinet afin de comprendre le problème et son origine.

Pour être complet, je précise qu’une décision du Comité de crédit de la SOGEPA a été prise en décembre 2017 pour une intervention en prêt dans la société BeHemp. Cette intervention était soumise à certaines conditions préalables qui n’ont pas pu être remplies. Des contacts avec la SOGEPA sont à nouveau intervenus dans le courant de l’année 2018 et encore début 2019.

Plus récemment, en date du 6 mars 2019, une réunion s’est tenue en présence de représentants de BeHemp, de BeCanvre, une coopérative des agriculteurs en charge de fournir la société en chanvre, du cabinet du ministre de l’Agriculture, de mon cabinet et de la SOGEPA.

Il ressort de cette réunion que la situation à ce jour de BeHemp est critique. Le besoin de refinancement, notamment en capital, est plus important que celui qui était identifié précédemment.

Lors de cette réunion, les représentants de BeHemp ont annoncé que les organes de gouvernance de la société avaient prévu de se réunir prochainement afin de statuer sur un éventuel plan de relance. La SOGEPA a indiqué qu’elle restait à disposition de l’entreprise pour envisager une intervention en co-financement du besoin identifié. Cela implique que l’entreprise puisse mobiliser des fonds privés, comme dans chaque dossier, la SOGEPA ne pouvant intervenir seule.

Les difficultés de BeHemp ne sont pas un problème pour les autres entreprises en aval de la chaîne de valeur. Suite aux problèmes récurrents cités précédemment, des alternatives d’approvisionnement auprès de fournisseurs étrangers ont été trouvées.

Par contre et comme vous le mentionnez, il s’agit d’un produit intéressant de diversification pour les agriculteurs wallons. Outre le chanvre, le développement d’une filière plus complète de fibres végétales pourrait constituer une opportunité.

C’est pourquoi, dans une perspective de développement économique, j’ai confié à l’ASBL ValBiom la réalisation d’une étude visant à évaluer l’opportunité et la possibilité du développement d’une filière économique basée sur la valorisation des fibres techniques végétales.

M. le Président. - La parole est à M. Evrard.

M. Evrard (MR). - Merci, Monsieur le Ministre, pour votre réponse qui m’apparaît en tout cas complète. Effectivement, des informations que nous recevons, vous l’avez rappelé, la situation est extrêmement critique. C’est l’occasion aussi de rappeler que, quand on a un projet économique, il y a non seulement l’aspect mise au point des procédés, ce qui est aujourd’hui pleinement maîtrisé, semble-t-il, mais il y a aussi le développement de certains marchés, ce qui a manifestement fait défaut et qui met à mal toute une série d’acteurs en la matière. J’espère que vous aurez à l’œil l’avenir et le futur qui va se dessiner, notamment par rapport à cette entreprise, pour voir dans quelles mesures, s’il y a un nouveau business plan et des perspectives qui sont encourageantes, on pourrait donner quelque part une deuxième chance à l’outil.




Source : http://parlement.wallonie.be