Publicité Bicky burger
16 octobre 2019

Question de M.Yves Evrard à Mm eBénédicte Linard, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des Femmes, intitulée «Publicité Bicky Burger»

M. Yves Evrard (MR). –Dans une récente publicité, aussi scandaleuse qu’inadmissible, pour la marque Bicky Burger, j’ai pu voir un homme flanquer son poing dans la figure d’une femme, peut-être la sienne, parce qu’elle ne lui a pas ramené le hamburger qu’il voulait.

À mes yeux, cette publicité constitue une incitation, totalement inacceptable, à la haine et à la violence. Madame la Ministre, j’espère que vous adopterez une position forte et que vous prendrez des mesures marquantes pour faire comprendre à ces publicitaires en panne d’inspiration que de telles publicités ne sont plus tolérables, alors que de nombreuses associations se battent au quotidien pour prévenir les violences conjugales. Votre réaction est plus que nécessaire.

Preuve en est le récent dossier consacré par le magazine «Moustique» aux violences faites aux femmes. La Belgique n’a vraiment pas de quoi être fière: une femme sur quatre est victime de violences physiques et une sur deux de violences psychologiques. L’article cite une quarantaine de féminicides par an. Ces chiffres sont extrêmement alarmants. Vous avez ici, Madame la Ministre, l’opportunité de lancer un signal fort, notamment aux agences de publicité.

En commission, nous avons régulièrement débattu de l’un ou l’autre bad buzz provoqué par une campagne de publicité et occasionnant beaucoup de dégâts. Nous serons en tout cas à vos côtés pour défendre la cause des femmes et pour faire comprendre aux publicitaires qu’ils ne peuvent plus tout se permettre.

Mme Bénédicte Linard, vice-présidente et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des Femmes

Je ne reviendrai pas sur la publicité elle-même, mais sur les suites de sa parution. J’ai immédiatement pris plusieurs initiatives.

J’ai tout d’abord pris contact avec l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) afin d’obtenir son avis quant à l’existence éventuelle d’une infraction aux lois qui régissent cette matière.

J’ai également saisi le Jury d’éthique publicitaire (JEP), non pour déposer plainte puisque ce n’est pas de son ressort et que cet organisme a plutôt vocation à traiter les demandes émanant de particuliers, mais également pour obtenir son avis sur la question.

Il s’agit de deux opérateurs importants dans ce domaine. Dans certains secteurs, par exemple celui de l’audiovisuel, il existe des outils permettant de placer des balises dans la publicité en ce qui concerne l’égalité des femmes et des hommes. Ces balises pourraient également être utilisées dans d’autres secteurs. Ce qui a posé problème en l’occurrence, c’est que cette publicité est parue sur un réseau social. Or, nous avons très peu de prise sur les réseaux sociaux. Il serait donc utile de travailler sur la manière d’empêcher la publication de ce genre de publicité sur ceux-ci ou, en tout cas, de la supprimer le plus rapidement possible.

Vous l’avez souligné, Monsieur le Député: la question des violences faites aux femmes est une matière très importante. Environ 18000 femmes portent plainte pour violence, chaque année, en Fédération Wallonie-Bruxelles. Une action concertée entre les différents niveaux de pouvoir est donc essentielle. Une coopération est prévue avec l’IEFH, mais les ministres des différentes entités doivent aussi se concerter. Cette concertation a d’ailleurs déjà commencé. Nous avons décidé de travailler ensemble sur le sujet.

Par ailleurs, il est souhaitable que la conférence interministérielle consacrée aux droits des femmes soit organisée le plus rapidement possible. De même, il importe de travailler avec des acteurs déjà actifs dans le domaine. Par exemple, l’Association des journalistes professionnels (AJP) a réalisé une étude et formulé certaines recommandations relatives aux outils permettant de traiter la question des violences faites aux femmes dans les médias. Ces outils doivent être utilisés de manière à en tirer le meilleur profit possible et à transformer ces recommandations en mesures utiles et efficaces.

M. Yves Evrard (MR).

J’entends bien, Madame la Ministre, que vous avez pleinement conscience de l’ampleur de la tâche, mais permettez-moi d’insister sur l’importance d’une action ferme et directe. Votre collègue, la ministre wallonne Christie Morreale, qui présidait la commission chargée des Droits des femmes, dans laquelle je siégeais également, n’a pas hésité à porter plainte pour envoyer un signal fort, net et précis et ainsi tenter de mettre un terme à ce genre de dérives. Comme vous l’avez dit, nous avons peu d’emprise sur les réseaux sociaux, mais il faut faire savoir que nous ne tolérons plus certaines publications, même si d’aucuns prétendent qu’elles relèvent du second degré, ce que je réfute, car elles peuvent avoir pour effet d’anéantir, en quelques heures, une action de terrain qui a nécessité des mois de travail.

Nous menons des travaux conséquents en commission et ne pouvons accepter que certains, sous des prétextes d’ordre commercial, bafouent le travail réalisé par les associations. Nous resterons bien entendu attentifs à ce dossier.

CRI No5(2019-2020)




Source : http://parlement.wallonie.be