Les terrains permanents de motocross
09 mars 2020

QUESTION ORALE DE M. EVRARD À M. CRUCKE, MINISTRE DU BUDGET ET DESFINANCES, DES AÉROPORTS ET DES INFRASTRUCTURES SPORTIVES, SUR «LES CIRCUITS PERMANENTS DE MOTOCROSS»

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, vous avez aujourd'hui la charge des infrastructures sportives, comme ce fut le cas de la ministre de Bue qui vous précédait et avec laquelle nous avions entrepris toute une série de discussions afin de mettre en œuvre la réalisation de terrains de motocross permanents. Nous avions étudié différentes pistes pour soutenir ce secteur.

C'est une problématique qui n'est pas neuve puisque, in illo tempore, le ministre Antoine avait promis – cette promesse m'avait marqué – un terrain permanent par province. C'était il y a environ dix ans. Finalement, aux alentours de 2011, cette annonce a fait flop. Aujourd'hui, on en est au même point: on doit considérer que pratiquement rien n'a évolué en 10ans.

Vous conviendrez avec moi, Monsieur le Ministre, si vous vous intéressez un peu au secteur, que l'on en arrive à une situation quasi ubuesque pour les adeptes de sport moteur, singulièrement de moto tout-terrain, puisqu'ils se retrouvent quelque part hors-la-loi, en Wallonie, dès qu'ils souhaitent s'adonner à leur passion. Rien n'existe en matière d'infrastructures reconnues.

C'est la raison pour laquelle vous avez été interrogé il y a quelque temps par mon collègue assis en face. C'est la raison pour laquelle on se retrouve avec des gens qui vont le long des autoroutes, tantôt dans les bois tantôt dans les champs. Systématiquement, ces personnes se retrouvent hors-la-loi. Ne pas offrir de possibilités aux nombreux pratiquants qui représentent un secteur économique et touristique important n'est pas acceptable à notre époque.

Quand je parle d'un secteur économique et touristique, je vous invite à prendre connaissance d'un travail que je tiens à votre disposition et qui a été réalisé par nos amis français – Ernst & Young – et qui s'intitule «Moteur de croissance» parce qu'ils considèrent que ce secteur est en plein développement. Aujourd'hui, 100% du territoire – et c'est bien ce qui pose problème – sont interdits à la pratique d'une telle discipline. Vous conviendrez que c'est inadmissible quand on sait que la Wallonie représente 17000 kilomètres carrés. Ce n'est quand même pas compliqué, me semble-t-il, de faire preuve d'un minimum de tolérance et de trouver 1/17 000e – soit un kilomètre carré ou 10hectares – pour permettre la pratique de ce sport.

On ne peut pas dire que le secteur est resté les bras croisés parce que, depuis des années, de nombreux efforts ont été entrepris avec énormément de patience par ses pratiquants, ses clubs, ses associations. Mais on constate que rien n'a abouti dans les dossiers. Pourtant les dossiers sont là. Ils ont été élaborés en synergie et en discussion notamment avec les représentants de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Depuis des années, malgré des dossiers bien présents de nombreux clubs et associations s'y sont cassé les dents, s'y sont parfois ruinés. Car les études d'incidence coûtent horriblement cher et on sait que, dans ce domaine, les dés sont truqués dès le départ à chaque fois. Il suffit de regarder dans le rétroviseur des dix dernières années.

Monsieur le Ministre, je voulais vous entendre sur votre position afin de soutenir d'une manière ou d'une autre ce secteur d'activité qui n'a pas trouvé d'oreille attentive depuis plus de dix ans, voire vingt ans. Je voulais notamment avoir votre avis sur la situation de Lierneux ou de Bassenge où, me dit-on, il semble que, dans ces dossiers-là, les planètes soient complètement alignées.

J'ai lu vos réponses et je connais votre sensibilité grandissante, notamment aux effets climatiques et environnementaux. Mais je crois qu'il faut quand même, dans ce domaine, raison garder, même si je conviens avec vous que la moto ne bénéficie pas d'une image positive.

Quand on regarde les différentes études, on peut s'interroger sur le bilan carbone quand on demande aux adhérents wallons de faire 100, 200, 250kilomètres pour pouvoir exercer leur sport, leur passion. Vous aurez vite compris comme moi que, quand on fait le bilan carbone à ce niveau-là, on est totalement à côté des clous à l'échelle de la planète.

Je vous invite aussi à consulter une étude réalisée par des Suédois. En Suède, on a quand même quelques figures connues qui se battent pour cela. L'étude s'intéresse à la promotion de la biodiversité avec les sports moteurs. C'est vraiment le cœur de ma question d'aujourd'hui. C'est vous dire s'il est temps de déconstruire certains clichés et de se poser sereinement la question que j'évoque.

Monsieur le Ministre, nous comptons sur vous pour faire avancer la cause des pratiquants de motocross ou de moto tout-terrain d'une manière ou d'une autre. Je suis ouvert à toutes les pistes possibles, que ce soit à travers la promotion des véhicules ou des motos électriques, à travers des pistes indoor – comme cela avait été suggéré – ou toute autre méthode qui permettraient d'avoir un minimum d'offre.

On ne demande pas que 100% du territoire soient accessibles, mais qu'il y ait 1 à 2% du territoire permettant aux uns et aux autres de s'adonner à leur passion. Quand on est passionné, que ce soit au niveau de la chasse, de la course à pied, de la pêche ou de toute autre discipline, c'est aussi une forme d'équilibre dans la vie que de pouvoir exercer sa passion dans de bonnes conditions sans être systématiquement culpabilisés par la société qui nous entoure.

Voilà, Monsieur le Ministre, les questions que je voulais vous poser pour connaître un peu votre sentiment, votre approche. Je vous sais aussi très sensible aux libertés des uns et des autres et, en y regardant bien, vous verrez que, dans ce dossier, rien n'a été fait pour offrir un minimum de possibilités en la matière.

Je serai très heureux de vous entendre sur cette question. Je n'ai pas évoqué non plus – cela peut être une des pistes de réflexion – le groupe de travail qui avait été mis en place et qui visait à faire avancer le schmilblick, si vous me passez l'expression. Si ce groupe devait être réactivé, j'espère que ce sera avec la volonté de trouver des solutions et non de donner l'illusion que l'on s'intéresse à la question.

M. Crucke, Ministre du Budget et des Finances, des Aéroports et des Infrastructures sportives. - Monsieur le Député, merci pour votre question. Vous ne le savez peut-être pas, mais j'ai été motard pendant 15ans. Je roulais en Varadero. J'ai traversé l'Écosse à moto, le Pays de Galles, l'Irlande à moto, la Bretagne, la Croatie, la Corse.

Je ne suis certainement pas anti-motards, mais je pense qu'il faut vivre avec son temps aussi et qu'il faut tenir compte d'un certain nombre d'impératifs que l'on ne connaissait peut-être pas à l'époque. Je vous l'ai déjà dit et cela ne changera pas, que cela plaise ou pas : il n'y a pas chez moi de marche arrière possible à l'égard du climat. Il faut bien l'entendre et je n'ai pas dit qu'il y avait chez vous une marche arrière. Mais là-dessus, je ne transigerai pas, même si mon président de parti devait me le demander. Il le sait et c'est la seule chose qu'il ne me demandera pas parce que je ne pourrai jamais lui répondre oui.

L'appel à projets de 2012 n'a effectivement pas permis de réaliser le moindre circuit permanent pour les adeptes de motocross, comme vous l'avez précisé. Il en résulte que bon nombre de sportifs s'entraînent pour leurs championnats de Belgique sur des circuits français et même hollandais, ce qui peut déjà poser question en termes du respect du climat. Car, si c'est pour faire des déplacements vers l'extérieur, je ne suis pas certain que l'on respecte également la conception telle que je vous l'ai développée juste avant. Ceux qui concourent dans les championnats européens et internationaux profitent de leurs déplacements à l'étranger pour bénéficier de terrains spécifiques d'entraînement à la hauteur de leurs ambitions. Les sportifs qui ne sont pas inscrits en clubs roulent généralement sur des propriétés privées, des terrils, dans des carrières, dans des zones Seveso, Natura2000, sur la rue, le long des talus d'autoroutes, généralement en toute illégalité. La création de circuits permanents permettrait donc effectivement de canaliser la pratique du motocross pour les entraînements et d'envisager de vrais entraînements sportifs.

La problématique majeure pour développer un circuit permanent ou même ponctuel réside donc dans la complexité d’obtenir l’ensemble des multiples autorisations et permis. Des initiatives vertes telles que l’utilisation des petites motos électriques pour l’initiation à la conduite des plus petits existent effectivement et je ne peux que les encourager.

Le projet de Bassenge a été présenté à mon cabinet par Thierry Klutz, référent ADEPS pour la discipline, et par la fédération de motocross le 13janvier dernier. À l’issue de cette réunion, un dossier de motivation complet a été sollicité afin d’envisager un soutien dans le cadre du financement d’étude d’incidence nécessaire à l’instruction du permis unique. Il apparaît en effet que la commune de Bassenge mettrait le site concerné en vente sous condition de la réalisation d’un centre de motocross associé à un projet commun de protection de l’environnement soutenu par le DNF et le développement de la pratique sur moto électrique.

Natagora est prête à acheter le site, avec le support financier d’ailleurs de Natuurpunt, avouons que c’est assez original quand on voit l’évolution de ce pays et à signer une convention emphytéose avec la Fédération motocycliste wallonne de Belgique, la FMWB. Cette FMWB déposera alors la demande de permis d’environnement et serait porteuse du projet en qualité de maître d’ouvrage. Ce terrain permanent permettrait d’encadrer l’activité déjà présente sur le site, tout en développant un projet environnemental. Le dossier de motivation transmis fin janvier est en cours d’analyse.

Concernant un terrain permanent de motocross à Lierneux, ce projet est également piloté par Thierry Klutz, complémentairement à celui de Bassenge. Au vu des difficultés dans la mise en œuvre de ces projets, mon cabinet a conseillé aux porteurs de projet de promouvoir, comme vous le comprendrez, le dossier le plus avancé, c’est-à-dire le premier dossier. Dans ce cadre, je prendrai connaissance des conclusions de mon cabinet et de mon administration prochainement relativement au dossier de Bassenge.

Comme vous l’avez donc bien compris, je ne suis pas opposé, mais cela doit se faire dans des conditions qui doivent être respectueuses et quand on voit que l’on peut, non pas associer l’eau et le feu parce que ce n’est pas le cas, le développement de la moto et de la moto électrique, c’est aussi un beau projet de développement économique et touristique, cela je peux joindre, mais respect de la nature, c’est aussi un projet économique et touristique. Quand on peut réunir, comme on l’a fait là l’ensemble des partenaires comme ceux-là, je crois que l’on tend alors vers des projets de qualité.

M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, on n’apprend pas grand-chose à travers votre réponse, si ce n’est que vous avez, dans le temps, pratiqué la moto et j’en suis très heureux, comme quoi on ne connaît pas encore suffisamment ses collègues de travail.

Simplement, la question n’est pas de faire une marche arrière par rapport au climat. Quand vous dites «il est hors de question», moi non plus, très clairement, je ne veux pas faire marche arrière. Je veux aussi, en parallèle, par rapport au climat qui est une noble cause, répondre à celles et ceux à qui on interdit pratiquement 100% du territoire, à peu de choses près.

Cela, je trouve totalement inadmissible dans notre société, cette volonté, parfois, d’opposer les gens. Moi je respecte les sensibilités de chacun, mais il faut aussi pouvoir offrir une offre. J’entends bien, effectivement, c’est quand même heureux qu’après 20 ans, les planètes soient alignées pour Bassenge, et aujourd’hui, les mentalités évoluent tout doucement puisque, vous l’avez rappelé, on a là une discussion intelligente et équilibrée entre je vais les appeler «les défenseurs de la nature, celles et ceux qui sont sensibles à l’environnement», comme d’ailleurs les pratiquants de moto verte sont tout aussi sensibles au respect de l’environnement.

Vous conviendrez avec moi, c’est là que nous devons être tout à fait impartiaux par rapport à notre analyse, lorsque 10000 personnes, 20000 personnes se déplacent à un match de football, l’impact carbone est bien plus important qu’une moto deux-temps ou quatre-temps qui va rouler pendant une heure sur un circuit. Il faut à un moment objectiver les choses.

J’observe avec une certaine satisfaction que certains s’y attachent, et pas des moindres, notamment des bureaux de renommée mondiale. À un moment, il nous appartient aussi, dans le domaine que l’on vient d’évoquer, d’avoir un discours qui soit juste et objectif. À partir de là, on peut évidemment ouvrir les portes à toute une réflexion qui permette de trouver l’équilibre. Vous savez, dans la nature et les lois de la nature, c’est vrai aussi en matière d’environnement, tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir. Dans la société dans laquelle nous vivons, ce qui compte c’est de trouver l’équilibre, le juste milieu.

En matière de pratiquants de moto, depuis 20-25ans, cela a été un petit peu le mouton noir dans l’opinion publique, comme aujourd’hui les chasseurs sont en ligne de mire. Il y a là des dérives, si vous regardez bien, sociétales inadmissibles et qui font souvent le pli des populismes.

J’espère que nous aurons à cœur de trouver des solutions raisonnables. Encore un petit détail, vous conviendrez que le jour où l'on a débloqué un seul circuit en Wallonie, très franchement, il va avoir un succès énorme, et celles et ceux qui ont envie de taper sur le clou diront «regardez comme c’est exagéré». Il faut aussi avoir une offre diversifiée qui permette justement à chacun de trouver un équilibre raisonnable. Il y a des possibilités, on ne manque pas d’idées, je ne manquerai pas de revenir ou de vous suggérer en aparté quelques pistes de réflexion, notamment en ce qui concerne la moto électrique, et j’espère que, si l'on souhaite vraiment s’inscrire dans les10-15prochaines années, la Wallonie peut jouer éventuellement, en la matière, un rôle de pionnier au niveau européen et l'on pourrait éventuellement y réfléchir de manière intelligente, insuffler un nouveau trends, notamment dans la pratique du motocross et de la moto enduro.

J’espère que je pourrai compter sur vous à l’avenir.

P.W. - C.R.A.C. N°99 (2019-2020) – Lundi 9 mars2020




Source : http://parlement.wallonie.be