Les mesures d'aide au secteur forestier confronté au scolyte
06 mai 2020

QUESTION D'ACTUALITÉ DE M. EVRARD À MME TELLIER, MINISTRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA NATURE, DE LA FORÊT, DE LA RURALITÉ ET DU BIEN-ÊTRE ANIMAL, SUR «LES MESURES EN FAVEUR DU SECTEUR FORESTIER TOUCHÉ PAR LE SCOLYTE»

M.Evrard (MR).

- Madame la Ministre, si le Gouvernement a été très logiquement focalisé sur la crise du COVID, il existe également une autre crise qui touche lourdement le secteur forestier, qui est celle du scolyte. C'est une crise qui perdure, puisqu'elle date déjà d'il y a deux ans et l’on n'en voit pas le bout du tunnel. Trois chiffres pour donner l'ampleur du phénomène. On estime aujourd'hui que 390000 mètres cubes ont été touchés en 2018, 600000 en 2019. Les estimations pour 2020 atteindraient un million de mètres cubes. C'est dire aujourd'hui si la situation est catastrophique.

On le voit, Madame la Ministre, on a affaire ici aussi à une courbe exponentielle dont on souhaiterait voir le plateau et une décroissance à ce niveau-là.

Je voulais faire le point avec vous sur deux volets. Le premier concerne l'impact financier. On sait qu'il est extrêmement lourd pour la filière qui a été touchée par d'autres crises comme la peste porcine. On assiste à une perte de notre patrimoine forestier, qu'il soit public ou privé.

Ce lundi, vous avez annoncé faire le point avec la task force et vouloir amener beaucoup plus de souplesse dans les mesures d'accompagnement, notamment au niveau des aides financières à l'endroit des exploitants forestiers. Concrètement, de quelle manière cela va-t-il se traduire ?

Le deuxième volet sur lequel je voulais faire le point concerne les méthodes de lutte et la stratégie de lutte que vous souhaitez mettre en place, qui est en place, je sais qu'il y a des essais actuellement.

Aujourd'hui avez-vous des contacts avec des centres de recherche, des universités, pour essayer de trouver une solution ? On sait par exemple que les pièges à phéromones utilisés précédemment ont une action très limitée.

Enfin, pour terminer, je souhaiterais avoir deux éléments de réponse concernant une demande du secteur privé qui souhaite obtenir des dérogations pour pouvoir traiter notamment à l'insecticide des dépôts de grumes et éviter que la situation empire, et pouvoir aussi bénéficier d'aires de stockage, notamment hors du périmètre forestier pour éloigner les bois des foyers importants. Voilà les quelques questions que j'avais à vous adresser cet après-midi.

Mme Tellier, Ministre de l’Environnement, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité et du Bien-être animal.

- Monsieur le Député, il ne s'agit pas d'une réapparition des scolytes, étant entendu que le scolyte a toujours été présent en forêt. Toutefois, comme vous l'avez indiqué, les sécheresses estivales et les hivers doux de ces dernières années, favorisées par les dérèglements climatiques, ont favorisé sa multiplication et conduit à la situation très importante que nous connaissons aujourd’hui.

L'Observatoire wallon de la santé des forêts a signalé le premier envol de scolytes de la saison le16avril dernier, ce qui est plus tôt et avec un envol quantitativement plus important également que les années précédentes. Nous devons maintenant anticiper le second envol des scolytes qui est prévu aux alentours de la mi-juin. Il me semble important de distinguer les mesures prises dans le cadre de la gestion des scolytes de façon générale, dans un contexte en particulier de crise du coronavirus, mais également les mesures prises dans le cadre de la peste porcine africaine. Vous voyez qu'ici on combine trois types de crises différentes qui s'interpénètrent et se cumulent.

Concernant la crise des scolytes, la méthode la plus efficace de gestion des scolytes est l'abattage des arbres atteints et leur évacuation hors de la forêt. Il s'agit de l'action principale qui a été mise en œuvre en 2018 et en 2019. En raison de la crise du COVID-19, le secteur de la transformation du bois, en aval de la filière, a été à l'arrêt ou a tourné au ralenti. Il est actuellement en phase de redémarrage progressif, mais cette réduction importante de la valorisation en aval, combinée à des conditions hivernales difficiles, a conduit à d'importants stocks de grumes en forêt. Ces stocks, s'ils ne sont pas rapidement écorcés, valorisés ou traités, vont accentuer la crise des scolytes.

Au regard de ces différents éléments, voici la combinaison de mesures qui seront mises en œuvre, c’est bien une combinaison de mesures. La première solution privilégiée reste évidemment l’abattage et l’évacuation des bois scolytés qui sera fonction de la capacité également de valorisation en aval de la filière. Vu la reprise progressive de l’activité économique, nous pouvons espérer une valorisation rapide au sein de ces filières. Néanmoins, s’il est impossible d’évacuer les bois scolytés, une des solutions consiste à écorcer les grumes en forêt et également à les stocker, car l’écorçage détruit les larves de scolyte. Pour ce faire, nous allons permettre aux exploitants forestiers de s’équiper de rouleaux écorceurs pour les engins d’abattage, ceci au travers d’une subvention. C’est bien un soutien public qui sera proposé au secteur. C’est une mesure sanitaire importante qui permettra aux exploitants de rendre un nouveau service et de stocker sans risque du bois en forêt.

Pour les grumes qui n’auront pas pu être écorcées, le Code forestier autorise le recours à un traitement insecticide localisé – je le précise bien –pour la lutte sanitaire contre les scolytes. C’est une option qui devra être envisagée uniquement en cas d’impossibilité d’évacuer les arbres ou de les écorcer en forêt. Là aussi, l’équipement du secteur en matériel d’écorçage permettra à terme d’éviter le recours à cette pratique.

Quatrième élément, concernant le piégeage, j’ai estimé, comme je l’ai indiqué au sein de ce Parlement, que les résultats de l’expérience menée l’année dernière nous poussaient à prolonger cette expérimentation cette année.

Enfin, cinquième mesure, au regard de la faible valeur économique actuelle des bois scolytés et des bois sains, nous envisageons également, en concertation avec le secteur, de mettre à disposition des acteurs de la filière, des sites de stockage, comme vous l’avez indiqué, pour leur permettre de vendre les grumes dans de meilleures conditions de prix, ce qui évitera également d’encombrer l’aval de la filière. Je vois que j’ai déjà largement dépassé mon temps de parole, mais j’ai encore pas mal de choses à dire et vu que je suis rapide d’habitude...

Pour terminer rapidement sur le volet scolyte, le Gouvernement a également apporté une première réponse sous forme de prêt pour toutes les communes, comme vous le savez, impactées.

Nous avons également demandé à l’administration de préparer un mécanisme de soutien à la reconstitution des massifs forestiers plus résilients. Des dispositions en matière de trésorerie pour les exploitants forestiers ont également été actées. Nous sommes en train de travailler à l’élaboration d’un marché pour étudier la faisabilité d’un mécanisme de type assurantiel ou fonds de calamité de façon plus large.

Concernant la zone PPA, pour en terminer, je vous rappelle que l’accès au massif forestier est autorisé à nouveau depuis le 24 mars dernier pour l’exploitation forestière, beaucoup plus largement à partir de la semaine prochaine. En complément, comme vous l’avez indiqué, concernant l’indemnisation des exploitants forestiers, pour la zone PPA, un nouvel arrêté viendra assouplir les mesures de soutien qui étaient trop rigides en termes de conditions d’accès sous la précédente législature, et élargir le périmètre de ces mesures de soutien pour y inclure notamment des coûts liés aux mesures de biosécurité, une perte de valeur des plantations, etcetera. Ce sont des éléments plus techniques sur lesquels évidemment nous pouvons revenir en commission.

M.Evrard (MR).

- Merci d’avoir donné du temps à Mme la Ministre pour sa réponse exhaustive. Elle nous dresse un panel de l’ensemble des mesures prises.

Néanmoins, je pense que l’abattage et même l’écorçage ne suffiront pas à faire face à la croissance. Il y a effectivement une combinaison. Je crois que nous devons envisager toutes les méthodes de lutte, faire preuve de créativité, à l’instar d’autres situations.

Quand on consulte sa filière, de bonnes idées souvent émergent. Ne pas avoir de tabou quant aux méthodes de lutte, que ce soit chimique ou éventuellement avec des ennemis naturels, des prédateurs, comme cela existe en Suisse. À situation exceptionnelle, il faut des moyens exceptionnels, parce qu’en disparaissant, la forêt qui est un formidable piège à carbone, l’insecte va devenir un acteur du processus indirect de ce changement climatique.

Je crois qu’il faut essayer de juguler le phénomène une bonne fois pour toutes et puis en revenir avec une combinaison de mesures, telles que vous les avez décrites.

P.W. – C.R.A. N°22 (2019-2020) – Mercredi 6mai2020




Source : http://parlement.wallonie.be