La valorisation du carbone dasn les cultures de sapins de Noel
13 octobre 2020

QUESTION ORALE DE M. EVRARD À M. BORSUS, MINISTRE DE L’ÉCONOMIE, DUCOMMERCE EXTÉRIEUR, DE LA RECHERCHEET DE L’INNOVATION, DU NUMÉRIQUE, DEL’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, DEL’AGRICULTURE, DE L’IFAPME ET DESCENTRES DE COMPÉTENCES, SUR «LA VALORISATION DU CARBONE DANS LES CULTURES DE SAPINS DE NOËL»

.M. Evrard (MR). - Monsieur le Ministre, cela ne vous aura pas échappé, il y a quelques jours dans la presse qu’une société – Soil Capital, pour ne pas la nommer – a développé un mécanisme de rémunération des agriculteurs qui s’engageraient dans la mise en œuvre de différentes cultures capables notamment de stocker du CO2.

C’est évidemment une initiative intéressante et qui mérite qu’on s’y penche plus en avant et elle m’inspire une réflexion en ce qui concerne les arbres de Noël. Vous savez comme moi, nul besoin de le rappeler, que c’est un secteur extrêmement important en Wallonie. C’est un secteur qui génère un chiffre d’affaires conséquent, d’autant plus que pratiquement80 à 90% de la production wallonne est exportée et vous avez rappelé régulièrement que nos exportations sont fondamentales dans le domaine agricole.

C’est aussi un secteur qui est lourdement décrié depuis de nombreuses années. Il y a différentes raisons et j’en veux d’ailleurs pour preuve notamment la déclaration du Maire de Bordeaux, que vous avez peut-être lue il y a quelque temps, qui parlait d’interdire le sapin de Noël dans sa ville. J’espère que cela ne fera pas boule de neige en période de fin d’année puisqu’il considérait que l’arbre, le sapin de Noël, était un arbre mort. Il faudra quand même rappeler au Maire de Bordeaux que dans tous les règnes, que ce soit au niveau du règne animal ou du règne végétal, sauf erreur de ma part, on est tous voués à disparaitre un jour ou l'autre. Si c'était le contraire, cela se saurait.

Au-delà de l'anecdote, il y a quand même une réflexion intéressante, puisque le sapin de Noël est de plus en plus recyclé, recyclable. C'est vrai dans le monde rural. Regardez dans la province qui est la vôtre, qui est la mienne, combien il y a une dynamique qui s'organise, notamment au niveau des intercommunales, pour pouvoir recycler les arbres de Noël en terreau. On voit également que plusieurs grandes villes s'organisent également pour pouvoir notamment recycler les arbres de Noël. Si je dis cela, c'est parce que j'entends depuis quelques mois, depuis quelques années maintenant, combien l'économie circulaire est une dynamique importante, qu'il faut revoir nos modes de production et s’inscrire dans cette dynamique qui est d'ailleurs largement soutenue par l’Europe, notamment à travers son Green Deal.

Vous conviendrez que, en matière de culture qui s'inscrit dans une dynamique circulaire, le sapin de Noël en fait partie. En ce qui concerne la capacité de stocker du CO2,on sait que c'est un élément important dans le futur et que nous devons y être attentifs.

Je n'ai eu aucune information concernant la capacité de stockage d'une culture telle que celle-là. C'est la raison pour laquelle je vous interrogeais, Monsieur le Ministre, pour voir s'il ne serait pas envisageable d'étudier cette question, à l'instar de ce que fait ou de ce que propose la société privée que j'évoquais tout à l'heure: soit s'orienter vers des organismes que l'on connait, des universités ou éventuellement le centre agronomique de Gembloux qui pourrait nous faire une étude en respectant la méthodologie pour que cette étude soit certifiée et que nous ayons connaissance des chiffres qui concernent les cultures d'arbres de Noël. C'est l'occasion aussi, pour terminer mon propos et vous entendre sur cette suggestion, de rappeler combien il est important aussi de s'engager dans le domaine de la recherche sur des alternatives, notamment à l'utilisation des produits phytopharmaceutiques qui sont – et on peut le concevoir – là aussi décriés et pour lesquels les méthodes culturales doivent évoluer. Avez-vous déjà connaissance de résultats, d'études ou de dynamiques qui seraient enclenchées à ce niveau-là pour rendre cette culture plus vertueuse qu'elle ne l'est aujourd'hui ?

M. Borsus, Ministre de l’Économie, du Commerce extérieur, de la Recherche et de l’Innovation, du Numérique, de l’Aménagement du territoire, de l’Agriculture, de l’IFAPME et des Centres de compétences. - Monsieur le Député, je tiens d'abord à vous remercier pour votre question qui nous permet de faire le point sur la production de sapins de Noël, production importante pour la Wallonie et singulièrement pour l'Ardenne, notamment, tout en mesurant l'équilibre avec les fonctionnalités agricoles du territoire. Il faut mettre en garde face à ceux qui prétendent connaître au kilo près la capacité de stockage en carbone d'une plante ou d'un arbre. Ce calcul est complexe et fonction de nombreux critères, en particulier des effets directs et indirects dont on tient compte dans l'analyse complète du cycle de vie que l'on fait et que l'on observe pour le produit concerné. À l'égard du sapin de Noël, à ma connaissance, il n'y a pas de données disponibles sur l'empreinte carbone relative à la production de sapin de Noël en Wallonie.

Des études d'analyse du cycle de vie, aussi appelé ACV, menées selon les normes ISO14040-44, ont été réalisées au Canada et aux États-Unis afin de comparer l'empreinte carbone d'un sapin naturel par rapport à un sapin artificiel. L'étude canadienne considère que l'arbre naturel est récolté en général dans un rayon de150kilomètres en moyenne alors que l'arbre artificiel provient le plus souvent de Chine et a une durée d'utilisation moyenne de six ans. On apprend décidément de tout – et de façon précise – au Parlement.

En ce qui concerne l'impact sur le changement climatique, il est en défaveur de l'arbre artificiel, suivant les normes qui me sont exposées. Il faudrait donc utiliser l'arbre artificiel suivant les chiffres que j'ai sous les yeux pendant presque 20ans pour avoir un équilibre, tenant compte du cycle complet, que j'évoquais il y a quelques instants, entre l'arbre artificiel et l'arbre naturel. Cependant, et vous y avez fait allusion, la manière de recycler les sapins est extrêmement importante puisque le fait de pouvoir réutiliser la biomasse ainsi produite, les copeaux ou d'autres, est importante à considérer dans le cadre d'une économie circulaire, mais aussi de l'impact sur notre environnement, de l'impact climatique.

Les auteurs de ces études précisent bien que les résultats sont susceptibles de changer d'une région à une autre en fonction des hypothèses spécifiques de la région : estimation des transports, des modes de culture et aussi du mode de recyclage auquel vous avez fait allusion. Cette spécificité est également mise en avant dans l'étude américaine, que je mentionnais il y a quelques instants, qui confirme les résultats canadiens dans les grandes lignes. Chez nous, il semblerait que la majorité des sapins soient compostés après ramassage – d'ailleurs de plus en plus large – par les communes, les intercommunales ou des associations chez les particuliers ou récupérés dans les recyparcs. Avant d'envisager d’appliquer des crédits carbone aux cultures de sapin, il est nécessaire, comme vous enfaites suggestion, d'identifier le réel stockage de carbone que cette culture génère dans les conditions de production wallonnes.

Pour ce faire, il faut identifier l'occupation des terres avant l'implantation des sapins, déterminer la quantité de carbone fixée par les cultures en fonction des conditions d'implantation – la densité, la croissance, et cetera – et prendre en compte les différentes opérations nécessitées par ce type de culture. L'intérêt de cultiver les sapins en Wallonie doit aussi être considéré par rapport à l'importation d'arbres de pays étrangers, le transport pouvant grever considérablement leur empreinte carbone. Par ailleurs, les modalités de culture, comme l'incidence des pesticides sur les autres critères environnementaux, notamment la biodiversité, doivent être considérées afin d'évaluer la durabilité de l'activité sur le sol wallon. Notons à cet égard des évolutions significatives et aussi le fait que certains producteurs wallons sont capables...

Je termine en indiquant que certains producteurs ont aussi associé le pâturage de moutons à leur culture de sapins. Ce type de pratique agro-écologique est bénéfique à l'image l'agriculture et à notre environnement.

Je termine vraiment en indiquant que, de manière à pouvoir répondre de façon plus fiable à toutes ces questions, je vais envisager la faisabilité d'une étude, menée par notre Centre de recherches agronomiques wallon, en collaboration avec l'Union ardennaise des pépiniéristes, de manière à mesurer tous les éléments environnementaux et économiques de la production de sapins de Noël en Wallonie. Je partage, comme vous, un total étonnement par rapport à la prise de position du maire de Bordeaux, que je ne vais pas commenter par convivialité.

M. Evrard (MR). - D'ailleurs, vous avez évoqué la problématique des arbres artificiels qui n'était même pas suggérée dans ma question et vous avez parfaitement raison. Une étude belge démontre que deux ménages sur trois mettent un sapin de Noël, sur ces deux arbres mis en place, il y en a un d’artificiel. L'artificiel s'inscrit directement dans le type de production linéaire tel que l'on n'en veut plus aujourd'hui. C'est rappeler combien travailler avec un sapin naturel est sans doute le meilleur des choix. La conclusion de votre réponse me satisfait pleinement puisque je crois que, pour éclairer nos lanternes et celles de ceux qui souhaitent faire le choix d'un arbre naturel, il serait intéressant, sans avoir aucun a priori sur les résultats que nous aurons, de voir l'impact carbone et la capacité de stockage d'une telle culture.

PW. – C.R.A.C. N°32 (2020-2021) – Mardi 13octobre202026




Source : http://parlement.wallonie.be