QO Evrard Tellier_Circuits motocross
02 mars 2021

QUESTION ORALE DE M. EVRARD À MME TELLIER, MINISTRE DEL’ENVIRONNEMENT, DE LA NATURE, DE LA FORÊT, DE LA RURALITÉ ET DU BIEN-ÊTREANIMAL, SUR « LES DIFFICULTÉSRENCONTRÉES PAR LES AMATEURS DE MOTOCROSS EN MATIÈRE DE CIRCUITS PERMANENTS ET LES CLAUSES ENVIRONNEMENTALES Y AFFÉRENTES »

M.Evrard (MR). – Madame la Ministre, je voulais faire le point avec vous sur cette question puisqu’on le sait depuis de nombreuses années, la question des circuits permanents ne trouve malheureusement aucune réponse malgré de nombreuses promesses politiques.Je vois mon collègue Antoine qui hoche la tête. Il avait eu une idée, in illo tempore, de débloquer1million d’euros pour créer un circuit par province. Je dois avouer que cela était une idée séduisante, mais qui malheureusement n’a pas pu se concrétiser sur le terrain.

Parallèlement à cela, on trouve un nombre important de dossiers qui ont été initiés, tous pratiquement recalés pour diverses raisons, certaines plus valables les unes que les autres. Une récente décision du Conseil d’État rendue dans le cadre du permis de circuit de motocross d’Olmen dans le Limbourg oblige aujourd’hui à fermer un des rares sites disponibles pour la pratique de ce sport.

Vous me direz que c’est en Flandre. Il n’en reste pas moins que cette décision démontre combien il est urgent à présent de se pencher sur les procédures d’octroi des autorisations pour permettre la pratique de ce sport qui est l’un des plus populaires en Belgique ou qui l’a été, mais qui reste populaire.

Le constat est aujourd’hui très simple : en Wallonie, il n’existe plus aucune possibilité de s’entraîner légalement dans un cadre adapté et approprié à la pratique de la moto. Les conséquences, on les voit dans l’actualité : des amendes, des saisies de motos, sans compter – et c’est un phénomène qui commence à m’inquiéter – l’énorme frustration des pratiquants de cette discipline. Une pétition vient d’ailleurs d’être signée et introduite dans ce sens auprès de notre Parlement.

Je voulais avoir un peu votre analyse de la situation. Pensez-vous qu’il est raisonnable, dans un pays comme le nôtre, dans une région comme la nôtre où les valeurs démocratiques, les valeurs de libertés sont le socle de notre société, d’interdire 100% du territoire? Aujourd’hui, 100% du territoire sont interdits à la pratique d’une telle discipline, qui regroupe pourtant de nombreux adhérents et qui, comme d’autres passions sportives, représente un poids économique tout aussi important. Cela m’interpelle, quand l’on sait que le territoire wallon compte plus de 1600000 hectares, qu’il est aujourd’hui impossible de trouver cinq à dix hectares par provinces – pour reprendre une idée qui était sur la table – pour permettre ce genre d’activité.

Je crois au contraire que l’autorité publique a la responsabilité à la fois d’encadrer, de réguler, plutôt que d’engendrer, comme force est de le constater, une forme d’anarchie, de défiance à l’égard des pouvoirs publics pour la pratique d’une discipline pourtant noble qui a, comme certains le rappellent, étoffé le palmarès de notre nation au niveau mondial.

Comme une lueur d’espoir, en janvier dernier, M. le Ministre Crucke annonçait la mise en place d’un groupe de travail avec ses collègues en charge de l’Environnement, c’est-à-dire vous-même, et de l’Aménagement du territoire, M. le Ministre Borsus, «afin de lever les freins liés à la méconnaissance de ce sport et de faciliter les démarches en matière de permis unique pour permettre la pratique de ce sport en toute sécurité». Une réunion de groupe était prévue en janvier. C’est la première fois que je vous interroge sur cette thématique et donc, j’aimerais tout d’abord savoir si cette réunion a eu lieu. A-t-elle été fructueuse ? A-t-on pu dégager l’une ou l’autre piste ? Quel est votre avis sur les balises en matière d’environnement, qui pourraient faire cesser cette forme de discrimination à l’endroit de la pratique d’une discipline sportive comme celle-là ? Il y a une réflexion à avoir.

J’évoquais la popularité de ce sport. Je conviens qu’elle n’est pas partagée à100% par la population. Mais quelle passion, quelle discipline est toujours partagée à 100% par la population ? Je pense qu’il n’y en a aucune. Je voulais donc connaître votre avis sur la question et la manière dont vous envisagez de dégager des solutions parce que l’attente est grande. Elle est non seulement grande, mais elle est aussi longue puisque cela fait plus de 20 ans que les adeptes se trouvent dans une forme d’impasse qui n’est jamais bonne dans une démocratie comme la nôtre.

Mme Tellier, Ministre de l’Environnement, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité et du Bien-être animal. – Monsieur le Député, je vous confirme qu’une réunion a bien été organisée le 20janvier dernier à l’initiative de mon collègue, M. le Ministre Crucke, en charge du Sport, avec la participation d’un de mes collaborateurs pour les aspects environnementaux, ainsi qu’une représentation du cabinet de M. le Ministre Borsus pour l’aménagement du territoire. La Fédération motocycliste wallonne de Belgique était également représentée.

Cette rencontre a permis à cette fédération de présenter ses activités, la pratique du motocross et de l’enduro en Wallonie ainsi que de mettre en évidence les constats que vous évoquez dans votre question. La fédération a présenté la situation administrative des projets de circuits permanents sur Bassenge, Bertrix et Lierneux qui sont bien connus des fonctionnaires en charge de ces dossiers. Il a été également évoqué le développement de la motorisation électrique au sein des différents sports moteurs.

Pour le reste, je ne peux que vous renvoyer auprès de mon collègue M. le Ministre Crucke, qui est pilote –si j’ose le mot – de ce groupe de travail pour qu’il puisse vous renseigner sur le suivi qui en sera fait.

M. Evrard (MR). – J’entends cette réponse qui est très convenue et qui témoigne de la problématique dans laquelle on se trouve depuis des années. À travers les compétences, les uns et les autres se renvoient la balle et lorsqu’un club initie une démarche, noblement, en espérant aboutir en dépensant des sommes considérables, il se heurte systématiquement à un mur.

On évoquait les éoliennes, mais on n’est pas dans des projets où 9 sur 10 peuvent être recalés et 1 sur 10 peut de temps en temps voir le jour. Ici, on est dans une problématique où, depuis des années, 10 projets sur 10 sont recalés, 100% du territoire est interdit. Il y a un problème et il ne faut pas s’étonner que les pouvoirs publics engendrent une certaine forme d’anarchie.

En outre, il est facile de taper sur le clou en disant « regardez, voilà des gens qui sont en totale illégalité par rapport à l’exercice d’une passion ». J’imagine mal que l’on puisse dire à des chasseurs « Achetez votre fusil, mais n’allez surtout pas dans la forêt et n’allez pas tirer dans les plaines ». Cela serait une évidence pour tout le monde. Or, en matière de pratique de la moto, cela n’est pas le cas.

Dès lors, même si chacun se renvoie la balle, j’invite à la concertation de manière à trouver quelques solutions. Un circuit va engendrer des concentrations certes, mais j’espère que, dans les projets que vous avez cités, nous pourrons offrir quelques solutions, une lueur d’espoir qui sera démocratique. Plus le temps passe et plus j’ai le sentiment que ces pratiquants sont discriminés par rapport à la dynamique sportive en Wallonie, et plus largement en Belgique.

PW CRAC 02/03/2021




Source : http://parlement.wallonie.be